dimanche 28 février 2010

Température du 28 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Des esprits frères

C'est à nouveau le 28 février, jour de la naissance de Michel de Montaigne, que j'ai déjà souligné l'an dernier (ici) et que je soulignerai chaque année.
Cette année la commémoration s'étendra sur plusieurs jours, car ce que je veux vous présenter dans ce cadre est un peu long à faire et je ne peux pas le faire en une seule journée et pas aujourd'hui vraiment.
Ce que je vais faire aujourd'hui c'est vous présenter une confidence de Montaigne, qui apparaît dans ses «Essais», et qui révèle son inextinguible chagrin d'avoir perdu son ami, Étienne de la Boétie, en qui il avait rencontré un esprit frère que nul ne rencontre jamais véritablement et dont il n'a pu jouir de l'amitié que quatre ans.
Voici ce qu'il écrit du reste de sa vie que, pourtant, dans ses «Essais», il consacrera à édifier le tombeau littéraire de son ami, le plus grandiose monument qu'un vivant a consacré à un mort aimé et irremplaçable dans toute l'histoire:

Si je compare le reste de ma vie toute aux quatre années qu'il m'a été donné de jouir de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse (...). Je ne fais que traîner languissant.

Et voici une citation du Discours de la servitude volontaire de la Boétie, où celui-ci établit bien qu'il n'y a pas de différence entre les tyrannies d'un monarque, d'un dictateur et d'un premier ministre ou d'un président élu, et que tous les trois règnent sur nous à cause de notre seule veulerie :
« Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race [...].(S)'ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d'esclaves qui leur appartient par nature. »

Fragilités

Ce diptyque, dans la vitrine de la Galerie Séquence, accueillait les visiteurs de l'exposition de Denys Tremblay intitulée «A.A.A. L'Art après l'apocalypse: D.T. à la périphérie des temps» dont je vous ai parlé ici.
L'artiste (à gauche) y donne de sa personne pour déboulonner la monarchie (représentée dans la photo d'Élizabeth II) et, plus profondément encore, pour révéler la fragilité de tout pouvoir.
Cette révélation est faite de manière plus intense en posant une équivalence entre ce pouvoir -tel que l'avait exercé
Denys Tremblay, en une sorte de mise en abyme, en se faisant couronner roi municipal de l'Anse Saint-Jean, naguère- et le pouvoir du roi de Syldavie -Muskar XII- dans un des albums de Tintin.
Voyez:

À gauche, Muskar XII, à droite
l'ex-roi Denys 1er de l'Anse, l'artiste.

Grâce à cette équivalence, par une sorte de règle de trois, Denys Tremblay transforme la monarchie anglaise et, par elle, tout pouvoir, en monarchie de bande dessinée, en pouvoir «de papier», selon l'expression attribuée à Mao (sans doute après massacre du véritable auteur).
Fragile, toujours menacé, ne tenant que par le fin fil du symbolique et de l'adhésion populaire.
À moins d'être fondé, comme celui de Mao, sur les armes et le massacre.
Mais, pendant ce temps, le pouvoir du blogueur était lui aussi remis en question.
Voyez ces photos révélatrices et dénonciatrices du blogueur photographiant la vitrine de l'exposition (elles ont été prises par une blogueuse rivale):


samedi 27 février 2010

Température du 27 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Œil, œils, yeux

Parfois on imagine que les propositions pour réformer l'orthographe ne sont là que pour s'amuser (pour que quelques-uns s'amusent) ou pour rendre la vie plus difficile à ceux qui la connaissent déjà ou, mieux encore, pour défigurer notre belle langue.
En réalité, ces propositions sont faites pour résoudre certaines irrégularités superflues.
Avez-vous déjà examiné les pluriels du mot «œil»?
(C'est l'explication des quatre iris (voir au bas du billet le post-scriptum) que j'ai affichés ci-dessus: remarquez que le mot «iris» ne change pas au singulier ou au pluriel, quelle merveille que ce mot!).
Oui, «pluriels» au pluriel car le mot «œil» n'a pas un seul pluriel.
Voici les cas où, selon la règle, le pluriel d'«œil» est «œils»:

Quand «œil» désigne:

Le chas d'une aiguille (un œil, des œils).
Le trou par lequel une meule est fixée sur son axe (un œil, des œils).
Le trou d'un battant de cloche (un œil, des œils).
Le trou ménagé dans un outil pour introduire le manche (par exemple un marteau) (un œil, des œils).
Le trou dans le rideau d'un théâtre pour observer (un œil, des œils).
L'ouverture pour introduire la charge d'un obus (un œil, des œils).
Partie d'un caractère d'imprimerie, le trou du «o» par exemple, ou celui du «p» ou du «q» (un œil, des œils).
L'œil-de-bœuf: lucarne ronde pratiquée dans un mur ou un comble; espèce de chrysanthème (un œil-de-bœuf, des œils-de-bœuf).
L'œil-de-chat: quartz; fermeture d'un objectif fonctionnant comme un diaphragme (un œil-de-chat, des œils-de-chat).
L'œil-de-paon: papillon de jour; marbre présentant des veines concentriques multicolores (un œil-de-paon, des œils-de-paon).
L'œil-de-perdrix: cor entre les orteils; grain d'un tissu ouvré (un œil-de-paon, des œils-de-paon).
L'œil-de-pie: ouverture pratiquée dans le bord d'une voile (un œil-de-pie, des œils-de-pie).
L'œil-de-serpent/œil-de-tigre: petite pierre de peu de valeur (un œil-de-serpent, des œils-de-serpent; œil-de-tigre, œils-de-tigre).
L'œil-de-crapaud: pièce d'or de 20 francs, l'ancienne monnaie française (argot) (un œil-de-crapaud, des œils-de-crapaud).

Et voici les cas où, selon la règle, le pluriel d'«œil» est «yeux»:

Quand «œil» désigne:

L'organe de la vision de l'homme et de nombreux animaux (un œil, des yeux).
L'aspect extérieur (d'une perle, par exemple) (un œil, des yeux).
La couche légère de poudre de riz (maquillage) (un œil, des yeux).
Le trou à l'extrémité du grand ressort d'une montre (un œil, des yeux).
Le trou de diverses pièces de harnais (mors, étrier...) (un œil, des yeux).
L'ouverture ronde en haut d'une coupole (un œil, des yeux).
Le bourgeon naissant (un œil, des yeux).
Le centre d'une volute (de chapiteau ionique) ou d'une rosace (un œil, des yeux).
Le centre d'un typhon, zone de calme au maximum de la dépression (un œil, des yeux).
L'œil électrique: cellule photoélectrique (un œil, des yeux).
L'œil de porte: judas, petit dispositif de visée (un œil, des yeux).
L'œil-de-mouche/œil-de-fauvette: petits dessins en losange sur un tissu (œil-de-mouche, yeux-de-mouche; œil-de-fauvette, yeux-de-fauvette).
L'œil du ciel/du monde/du jour: le Soleil (un œil du ciel/du monde/du jour, des yeux du ciel/du monde/du jour).
L'œil de la nuit: la Lune (un œil de la nuit, des yeux de la nuit).
Le clin d'œil: signe de connivence (un clin d'œil, des clins d'yeux).
L'œil au beurre noir: tuméfié par un coup (argot) (un œil, des yeux).
L'œil de bronze/œil de Gabès: terme de sodomie, sphincter anal (argot) (un œil de bronze, un œil de Gabès, des yeux de bronze, des yeux de Gabès).
L'œil de merlan frit: regard amoureux un peu ridicule (argot) (un œil de merlan frit, des yeux de merlan frit).
L'œil de Moscou: espion qui observe et communique ses informations (argot) (un œil de Moscou, des yeux de Moscou).
L'œil qui dit merde à l'autre: strabisme (un œil, des yeux: il faudrait dire sans doute, des yeux qui se disent merde l'un à l'autre).

«Œil» n'a pas de pluriel dans l'expression:

À l'œil: gratuitement (argot).

Consentiriez-vous à simplifier un peu tout cela?

P.S. J'ai ajouté un cinquième iris, le noir, à cause du vers «un œil noir te regarde» de Carmen.

Casserole

Crédit photo: lepoint.fr © Patrick Jouin

Un seul problème pour cette jolie casserole (appelée «Casserole Pasta Pot» et sa photo pêchée ici): le couvercle, comment sera-t-il fait?
Des suggestions?
Autre problème: les trois langues qui sont utilisées pour le nom.
Pourquoi trois?
Il y en a au moins une de trop et c'est celle que vous pensez.
Passons-la à la casserole!

vendredi 26 février 2010

Température du 25 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Toits ondulants «succulents» à Barcelone

Ce ne sont que des toits sur ces photos, ceux du Mercat Santa Catarina à Barcelone.
Si je vous les présente c'est qu'il y avait des photos d'un autre marché de Barcelone au restaurant «Le Bergerac» où nous avons fêté mon anniversaire, il y avait des photos de la Boqueria (je vous ai parlé du «Bergerac» ici et Denise Pelletier vous en a parlé ).
Et cela m'a rappelé les toits ondulants et colorés du
Santa Catarina que nous apercevions en allant vers le Palau de la Musica catalana.
Évidemment, en ce qui concerne les victuailles, la Boqueria est supérieure comme marché.
Mais les toits de
Santa Catarina paraissent succulents eux aussi, n'est-ce pas?
Et, avec leurs ondulations, leurs couleurs, les métaphores marines et florales (et fructifères) qu'ils constituent, ces toits sont une mise en abyme , en même temps qu'une métaphore de tout Barcelone et de chacun des bâtiments, emplacements, parcs qui se soumettent à cette métaphore marine, florale et fructifère.
Ces toits sont partie prenante dans l'édification mentale de Barcelone comme œuvre d'art totale.
Voici des photos, de nous, ou constituées à partir de vues de Google Street View ou, quand il s'agit de vues aériennes, empruntées à des sites présentant les beautés de Barcelone:

Le marché, de sa gauche (Google Street View)

Le marché, de sa droite (Google Street View)

Vue arrière (Google Street View)

Zoom sur les ondulation des toits

Nostalgie

La nostalgie n'a pas besoin que les objets qu'elle évoque aient été beaux ou, en tous cas, d'une qualité spéciale.
Ni que les lieux vers lesquels elle nous transporte aient été témoins de bonheurs.
Même des lieux où l'on s'est ennuyé, ou bien où l'on a eu l'impression qu'on perdait sa vie, peuvent la susciter.
Cette photo de New York -du photographe Berenholtz- qui m'est tombée sous les yeux récemment, alors que je faisais des recherches sur l'architecture « Art déco », a suscité de la nostalgie chez moi.
D'abord parce qu'elle m'a rappelé des « comptoir-lunchs » semblables (pas identiques, celui de Berenholtz est évidemment plus intéressant, peut-être seulement parce qu'il est new-yorkais, sait-on ?) dans les « grands magasins » de la ville où j'ai passé mon enfance et mon adolescence -qui n'avait rien de la folle jeunesse de François Villon *, parce que, moi, j'étudiais, peut-être trop.
(Mais ce rapport de ma ville et de New York montre où était la métropole que toutes les villes d'Amérique imitaient à cette époque)
Je me souviens particulièrement de celui du magasin Woolworth où j'allais certains samedis d'été, pour me tirer un peu de mes livres, manger un « sundae ».
C'était Woolworth et c'était un « sundae », rien d'un endroit chic et rien d'un dessert renommé (c'était sans doute le fruit d'une recette industrielle, servie d'un bout à l'autre de l'Amérique du Nord, comme était pré-programmée la disposition du magasin où l'on vendait uniquement des articles importés du Japon).
Mais cette photo a suscité en moi une étrange nostalgie.
Et puis je suis tombé sur une autre photo, celle-ci, datant des années cinquante (je crois qu'une amie me l'a expédiée avec d'autres photos de différentes époques présentant des lieux de la région où je vis mais dans des temps anciens, disons avant ma naissance).

C'est une photo de la rue Saint-Dominique de Jonquière.
(On voit par les voitures qu'elle date des années cinquante).
Vous voyez l'enseigne du magasin Woolworth à gauche.
C'est là qu'était le « comptoir-lunch » avec ses « sundaes » et ses « club-sandwichs ».
Dans le lointain, à gauche du « beffroi » de l'hôtel de ville au centre, l'église Saint-Dominique que je vous ai déjà présentée dans ce blogue (ici et ).
À part ces deux bâtiments, il ne reste presque rien maintenant de ce que présente la photo.
La rue qui croise la rue Saint-Dominique, la rue Saint-Aimé, est disparue.
(Et la maison d'une amie et de ses parents qui y habitaient -elle était la nièce d'une employée de Woolworth- et le « kiosque à hot-dogs et à patates frites » qui y ouvrait l'été).
Les bâtiments à droite son toujours là mais le marchand de meubles « Légaré », le « grand magasin » Zellers (celui-ci survit ailleurs*) et le marchand de vêtements pour homme « Roland Desbiens » sont disparus.
Au premier plan, à gauche, « Les Chaussures Vogue » ont disparu et le Woolworth aussi (je crois qu'il n'en reste qu'en Angleterre et, me dit-on, au Mexique).
Le bâtiment d'où la photo est prise -le « Théâtre Empire », c'était malgré son nom une salle de cinéma- est disparu lui aussi.
Et je vois que le restaurant « Domino », la Pharmacie Bolduc (à gauche au deuxième plan), le cabinet de notaire et sa voisine, la Bijouterie Harry Roy (c'est la maison blanche à droite au deuxième plan), tout cela a disparu.
L'enseigne du Woolworth cache un grand magasin, le « Continental », comme nous disions, disparu également, corps et biens, et la succursale bancaire « Canadienne Nationale ».
Rien que du banal, la rue principale d'une lointaine et nordique petite ville de province d'Amérique du Nord.
D'où vient que s'y incarne ma jeunesse et qu'en naisse de la nostalgie ?
Plus encore que de la photo de Berenholtz ?


Voici quelques exemples de « sundaes ».
Ils sont servis dans des coupes « tulipes ».
Exception, celui du premier plan, un « Banana Split »,
réservé aux grandes occasions.
Aucun n'est vraiment aussi énorme
que ceux de ma jeunesse.
Cela vous rappelle-t-il la « petite madeleine » ?

* Voici les beaux vers du 15e siècle auxquels je fais allusion :


Hé ! Dieu, si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes mœurs dédié, 
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi ? Je fuyaie l’école
Comme fait le mauvais enfant. 
En écrivant cette parole, 
À peu que le cœur ne me fend.
 

P.S. Et en écrivant ce billet « À peu que le cœur ne me fend ». 
Pour si peu de chose pourtant :

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.



P. S.  Ajout du 13 avril 2013 : tous les magasins Zellers sont maintenant disparus depuis la semaine sainte du mois de mars de cette année (il y a deux semaines).

jeudi 25 février 2010

Température du 25 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Un baptême

Crédit photo: W. WEST / AFP
(La source de cette image est ici)

Cet éléphanteau est en train de recevoir son baptême bouddhiste, près de sa mère, dans un jardin zoologique de Melbourne en Australie.
Les croyances bouddhistes, selon lesquelles les animaux, susceptibles d'avoir une âme ayant été humaine ou qui le sera peut-être dans le long trajet de la métempsycose qui est le sien, méritent le baptême, sont-elles plus absurdes que la croyance selon laquelle un morceau de pain est transformé par des paroles magiques en le corps et en le sang d'un dieu?
Je trouve ces croyances très touchantes, pour ma part, et propres à susciter davantage de respect à l'égard des animaux de la part des humains.
Pourvu qu'on n'impose pas ce baptême aux humains qui n'y croient pas.
Quant aux animaux, ils sont si préoccupés de questions plus importantes, qu'ils acceptent sans mot dire ce qui ne les fait pas souffrir.

Tibre (ou Jourdain) et Gange

Crédit photo: Xinhua/Zuma/Visual

Ces hommes nus sur le bord du Gange sont des croyants. Ils vont y plonger tout à l'heure afin de bénéficier des gouttes du nectar d'immortalité que les dieux y auraient échappées.
Ils sont nus : ce qui est immoral sur les bords du Tibre* est donc religieux sur les bords du Gange.
Le ciel que des fidèles chrétiens espèrent gagner avec des prières illégales au début de séances du conseil municipal, ces fidèles hindous espèrent le gagner en se baignant nus dans des eaux bénies par les dieux.
La nudité n'a pas toujours été immorale chez les chrétiens : Jésus dit « le Christ » a été crucifié nu sur la croix (les Romains ne se préoccupaient pas de cacher la nudité des condamnés à mort, ni même de leurs propres dieux et déesses) et quand les baptêmes chrétiens se faisaient par immersion complète des fidèles (adultes), ceux-ci étaient nus.
Ils ne peuvent donc mépriser ces croyants hindous pour leur nudité, car leur salut leur a été apporté par un homme nu (ils tentent de le cacher en plaçant un chiffon mensonger sur son sexe dans leurs crucifix).
Toutes les croyances sont égales. Elles ne reposent pas sur la raison.
Et on ne peut raisonnablement imposer ses croyances aux autres, qu'ils soient croyants ou incroyants, et pour des raisons aussi futiles que son propre salut personnel.



L'homme nu** à qui les Chrétiens
croient devoir leur salut

et que le maire de Saguenay dit adorer (voir ici)

* Peut-être même du Jourdain, le fleuve de la Palestine.
 

** Ce crucifix est de Michel-Ange et date du 16e siècle. Il ne plaît pas beaucoup à l'église officielle -qui n'aime pas beaucoup la nudité. Et il nie la « judéité » de Jésus Christ en ne le présentant pas comme circoncis, mais cela l'Église officielle serait plutôt en faveur, elle déteste (en ne le disant plus) ses origines juives.

mercredi 24 février 2010

Température du 24 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Gagner son ciel


ZOOM SUR LE TEXTE

Je n'ai rien à ajouter vraiment, car, par ses propres paroles, cette personne nous révèle son niveau d'intelligence et de religion.
Non, ce que je voudrais souligner c'est le niveau intellectuel auquel l'Église catholique a confiné l'enseignement religieux au Québec depuis toujours car il se révèle dans les paroles naïves et éloquentes de ce pauvre croyant (en esprit mais riche en argent hérité de ses parents*).
Je ne sais même pas si elle peut en avoir conscience tant le niveau intellectuel de son clergé et de sa hiérarchie au Québec, et partout (comme on le voit en Irlande, aux États-Unis et au Vatican), est voisin de zéro.
L'article complet est ici (ou cliquez sur la première image là-haut -c'est le mot qui convient- pour y être).

* Je ne voudrais pas être celui qui jugera s'il mérite ou non le paradis. Évidemment il est pauvre en esprit et, à ce titre, le Royaume des cieux lui appartient (voir le «Sermon des béatitudes»); mais il est millionnaire et, à ce titre, il devrait être aussi difficile pour lui d'entrer dans le Royaume des cieux que pour un chameau de passer dans le chas d'une aiguille (voir Matthieu 19, 24 et Marc 10, 25
): le problème sera difficile à résoudre.
Il met le désordre dans les mœurs municipales de son vivant et, à sa mort, il mettra le désordre dans le Royaume des cieux. Il ne passera jamais inaperçu.

La vérité?

La vérité est d'autant moins faite pour être publiée (dans une biographie ou sur Internet ou dans un hebdo «pipeul») que personne ne la connaît.
Personne ne connaît même sa propre vérité.
Connaissez-vous quelqu'un qui se comprend même soi-même?
Ce que nous fait connaître de nous une analyse ou une thérapie, est-ce la vérité ou bien une fiction -dont nous avons l'impression que c'est la vérité- qui nous permet d'accepter de ne pas nous comprendre et de nous prendre, pour ainsi dire, avec un grain de sel?

Internet, un progrès pour la démocratie?

Il y a les éternels optimistes qui continuent de sévir malgré le ridicule auquel Voltaire les a crucifiés pour l'éternité dans Candide.
Ils sont comme le «Ravi» des santons provençaux: la dernière invention, le dernier film, le dernir livre, le dernier bouquineur, etc., feront descendre le petit Jésus et son paradis sur la Terre.
En ce qui concerne Internet vous les entendez et les lisez partout: le plus récent OS X, le plus récent Windows, la plus récente innovation de Google, la plus récente carte graphique, le plus récent processeur à 100 cœurs, tout cela va enfin nous apporter le bonheur et la salut ultimes que nous espérions depuis 4 000 ans (au moins).
Des apôtres et des missionnaires.
Et il y a les pessimistes pour lesquels rien ne change jamais (et les réalistes sont plutôt de ce côté).
À propos d'Internet et de sa promesse d'expansion infinie de la démocratie, les voici, ces pessimistes, dans le plus récent numéro de la revue «Books» (page couverture ci-dessous) qu'annonce l'article du NouvelObs.com dont vous voyez les premières lignes ci-dessus (l'article complet est ici).
Ces pessimistes renversent même la proposition des optimistes (les «Pangloss»): non seulement Internet ne répandra pas la démocratie mais il en est l'ennemi.
Personnellement je crois qu'Internet ne mérite

Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité

et que c'est un jouet, un moyen de divertissement (avec des aspects artistiques) pour lequel les uns s'enthousiasment trop, et un instrument de communication et de recherche (avec des aspects scientifiques) pour lequel les autres ne s'enthousiasment pas assez.

Et voici le sommaire du dossier:


Gaspillage, pillage

Crédit photo: Barcroft Media/Abaca

Vous croyez que cette photo est celle d'un morceau de tissu, un chiffon?
Regardez mieux, cliquez l'image pour zoomer si vous voulez l'examiner de plus près.
C'est la photo d'une base aérienne états-unienne où l'on remise les appareils et autres aéronefs remplacés par de plus modernes (et efficaces?).
On a utilisé, pour construire tous ces petits points, des minerais et des matériaux arrachés en vain à la Terre.
Cela donne une impression (pas seulement une impression) de gaspillage, mais une civilisation, n'est-ce pas, somme toute, une entreprise de gaspillage?
Et il faut remarquer que dans ce mot «gaspillage» il y a «pillage»: le pillage des ressources de notre planète.

mardi 23 février 2010

Température du 23 février à Saguenay

Matin-----------------------------------------Après-midi

Tube digestif (beaucoup, longtemps), sexe (surtout en imagination), cerveau (parfois)

Peut-être n'aviez-vous jamais envisagé les choses ainsi.
L'état le plus facile dans ces trois états qu'adopte l'être humain c'est l'état de « tube digestif ».
Il est difficile de ne plus pouvoir manger ou boire et de laisser ensuite agir son corps sur la nourriture et la boisson absorbées (ou vice-versa ?).
Quand on ne le peut plus on est vraiment très près de la mort.
C'est la raison pour laquelle, à notre époque (peut-être à toutes mais je ne puis le vérifier), la plupart des humains restent résolument des « tubes digestifs » mais des « tubes digestifs » avariés, d'où leur taille qui les rend presque aussi larges que hauts parfois, dans certain pays que les autres s'empressent d'imiter en faisant un triomphe aux distributeurs de malbouffe que leur modèle a concoctés et qu'il répand sur toute la surface du globe sous prétexte de libération.
Vous savez à qui je fais allusion (McDonald, Kraft, Cadbury, Kentuky Fried Chicken, et j'en passe et j'en passe).
L'état de « sexe » est plus difficile à conserver toute sa vie pour un humain et compte par conséquent moins d'adeptes réels. Il a surtout des adeptes virtuels. On a bien mis au point viagra, cialis, levitra mais, somme toute, nourriture et boisson ont un meilleur rapport résultats-prix.
Quant à l'état de « cerveau », je n' ai pas vraiment rencontré d'humain qui l'adoptait très fort.
D'où l'hésitation de José Artur l'homme (...) est un cerveau parfois »).
Dont j'écoutais l'émission le « Pop-Club » sur France-Inter quand je vivais en France.
Je regrette de ne pas l'avoir entendue plus longtemps car elle était bien brillante et bien irrévérencieuse.

Les Muses de la Place d'Youville et (mais cela n'a rien à voir) l'orthographe


Ce sont les Muses d'Alfred Laliberté sur la Place d'Youville à Québec.
Elles ont été offertes à la ville de Québec par le gouvernement du Québec « pour commémorer, dit la plaque de dédicace, le 375e anniversaire de sa capitale ».
C'était en 1985.
Elles ne sont que six alors qu' elles étaient neuf dans la mythologie grecque et latine, les neuf filles de Mnémosyne, la déesse de la Mémoire pour souligner que, dans la pratique d'un art novateur, la mémoire est indispensable pour un artiste afin, d'une part, de ne pas refaire ce qui a déjà été fait et afin, d'autre part, de se servir de ce qui a été fait comme point de départ pour créer ses propres œuvres.
Ici Alfred Laliberté a représenté la Musique (elle correspond à la muse Euterpe), l'Éloquence (elle correspond à la muse Calliope), la Poésie (la muse Érato), l'Architecture, la Sculpture, la Peinture.
Dans l'Antiquité, il n'y avait pas de muses pour les arts plastiques (sculpture, peinture) et spatiaux (l'architecture).
L'Histoire (étonnant, n'est-ce pas ? c'est la muse Clio), la Danse (Terpsichore), la Comédie (Thalie), la Tragédie (Melpomène) avaient pourtant chacune leur muse.
Même l'astrologie en avait une (Uranie). L'astrologie, un art ? Pourquoi pas ? Un art de la fiction comme un peu tous !
On ajoutait à ces arts la rhétorique, dont la muse était Polymnie.
Jusqu'à un certain point, on pourrait dire que Polymnie était la muse de la littérature.
Mais la notion de littérature n'a commencé à exister que vers la fin du 18e siècle.
Mystère de la culture des peuples !
Ces Muses de Laliberté sont à leur place là où elles se trouvent, devant le Palais Montcalm, la plus merveilleuse salle de musique baroque (et de musique tout court) de Québec et du Québec (à l'époque où j'écris ce billet).
Voyez-les, de dos, sur cette photo prise à partir de Google Street View (elles sont en bas à droite) devant la Palais, d'architecture d'inspiration « Art déco »:

Peut-être méritent-elles qu'on leur dédie ce sonnet tiré des « Regrets » de Joachim du Bellay.
Pour introduire un peu de doutes dans l'esprit de ceux qui s'opposent à la réforme de l'orthographe, je vais vous le présenter dans son orthographe originelle et dans l'orthographe actuelle.
Ces opposants verront mieux ainsi qu'une simplification de l'orthographe n'est pas la fin de la langue, au contraire:

Orthographe ancienne:


Las, ou est maintenant ce mespris de Fortune?

Ou est ce cœur vainqueur de toute adversité,

Cest honneste desir de l'immortalité,

Et ceste honneste flamme au peuple non 
                                                       [commune?

Ou sont ces doulx plaisirs qu'au soir soubs la nuict
                                                          [brune

Les Muses me donnoient, alors qu'en liberté

Dessus le verd tapy d'un rivage escarté

Je les menois danser aux rayons de la Lune?

Maintenant la Fortune est maistresse de moy,

Et mon cœur qui souloit estre maistre de soy,

Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuyent.

De la posterité je n'ay plus de souci,

Ceste divine ardeur, je ne l'ay plus aussi,

Et les Muses de moy, comme estranges*, 
                                                       [s'enfuyent.  

Orthographe actuelle :

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune?

Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,

Cet honnête désir de l'immortalité,

Et cette honnête flamme au peuple non 

                                                     [commune ?

Ou sont ces doux plaisirs qu'au soir sous la nuit

                                                                [brune

Les Muses me donnaient, alors qu'en liberté

Dessus le vert tapis d'un rivage écarté

Je les menais danser aux rayons de la Lune?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,


Et mon cœur qui voulait être maître de soi,

Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuient.

De la postérité je n'ai plus de souci,


Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi,

Et les Muses de moi, comme étranges*, s'enfuient.


La poésie a-t-elle fui avec l'orthographe originelle ?
Voici la plaque de dédicace de la sculpture. Remarquez à droite la silhouette du navire de Samuel de Champlain, le « Don de Dieu », symbole de la ville de Québec:

(Cliquez l'image pour zoomer et mieux lire)


* Au 16e siècle, la distinction n'avait pas encore été établie entre « étrange » et « étranger » ou « étrangère ». En français québécois, héritier du français des rois, j'ai déjà entendu des gens (d'une autre génération) utiliser « étrange » plutôt qu'« étranger ».