samedi 31 janvier 2009

Température du 31 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Pensées de Paul Valéry et le temps jadis

Paul Valéry a beaucoup compté dans ma vie.
Non que je l'aie connu: il est mort vers l'époque de ma naissance. Mais mon maître, celui qui a engagé ma vie -ma vie sentimentale (il m'a désigné ma conjointe) aussi bien que ma vie professionnelle (il a été pour beaucoup dans
ma carrière), intellectuelle (il m'a indiqué la voie vers le structuralisme et la sémiotique, vers la poésie et l'universalité de ses règles dans tous les genres littéraires) et littéraire (il m'a dirigé vers Proust)- mon maître parlait toujours de Valéry, le citait constamment, y trouvait toute la philosophie et la théorie littéraire dont il avait besoin.
Je crois l'entendre quand je lis des textes de Valéry tant il m'a tout cité pendant ces entretiens, la nuit, où nous étions quelques étudiants dans son petit appartement au dernier étage du Pavillon Ernest-Lemieux (dessin ci-dessous) à l'Université Laval en 1968 ou 1969.

Voilà quelques citations qui me permettent de ressusciter sa voix (les deux voix?).

L'intelligence - faculté de reconnaître sa sottise.
***
Le bonheur a les yeux fermés.
***
Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est la peau.
***
Il est impossible de comprendre et de punir à la fois.
***
Qui rougit en sait un peu plus qu'il ne devrait en savoir.


vendredi 30 janvier 2009

Température du 30 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Québec ville magique I: l'hiver


Dans cette photo, l'hiver fait fleurir les arbres
d'innombrables et minuscules étoiles blanches

La ville de Québec est magique en toutes saisons.
Mais l'hiver, quand on oublie le froid qui accompagne cette saison au Québec, la ville apparaît parfois à mes yeux comme une cité céleste tant est grande la splendeur de la lumière et de la blancheur qui la constitue et exalte les couleurs de ses bâtiments.
Voyez.


Le Château Frontenac comme un berger veillant
sur son petit troupeau de maisons enneigées
Toujours le Château Frontenac -qui est, avec raison, le symbole de la ville- mais vu d'un kiosque de la Terrasse Dufferin, de style fleuri à la fois « Art nouveau » et « empire des Indes », si je puis dire.
Lord Dufferin, le gouverneur général britannique qui a donné son nom à cette terrasse (il en avait eu l'idée ainsi que celle de la préservation de la muraille de Québec), avait toujours rêvé d'être le vice-roi des Indes (et il le deviendra plus tard). Peut-être est-ce pour satisfaire un peu son rêve qu'on a donné ce style aux kiosques et aux rampes de la terrasse qui porte son nom (prononcé à la française, «
du frein » au Québec: il est ainsi naturalisé).
Une photo prise le soir d'une fenêtre 
de l'Hôtel Clarendon (ou de l'Édifice Price).
Il y a le
Château Frontenac encore et le merveilleux fleuve qui définit notre pays (le Québec) mais il y a aussi, au premier plan, la cathédrale anglicane « Holy Trinity » de « style palladien », style très populaire en Angleterre à la fin du 18e siècle.
Cette cathédrale fut la première cathédrale anglicane construite hors des Îles britanniques (1800-1804), au temps où les Anglais espéraient convertir les Québécois à leur religion et à leur langue.
Rêve vain qu'entretenait le roi George III, -le roi fou qui a aussi perdu les États-Unis-, lequel a entièrement financé la construction de cette cathédrale et l'a couverte de dons.


jeudi 29 janvier 2009

Température du 29 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Voyage sentimental (dans les années quarante)

C'est elle -Lauren Bacall- et ses petites copines, les « stars » d'Hollywood des années quarante, qui servaient de modèles à toutes les femmes que j'ai connues dans mon enfance.
Mais plutôt à la fin des années quarante et au début des années cinquante.
Et c'est la chanson que je vais vous présenter que j'entendais quand je voyais évoluer ces femmes autour de moi, à Chambord, à Jonquière, à Chicoutimi qui sont les seuls lieux où s'est écoulée cette enfance.
Cette chanson c'est «
Sentimental Journey » (page en anglais au bout de ce lien), par Doris Day, enregistrée l'année même (1944) où cette photo de Lauren Bacall a été prise et où ce numéro de Life a été publié (en octobre).

Voici les paroles de cette chanson (qui n'ont probablement rien à voir, mais on verra):
Sentimental Journey

Paroles et musique par Bud Green, Les Brown et Ben Homer (pages en anglais au bout de ces liens) en 1944
Gonna take a Sentimental Journey,
Gonna set my heart at ease.
Gonna make a Sentimental Journey,
to renew old memories.
Got my bags, got my reservations,
Spent each dime I could afford.
Like a child in wild anticipation,
I Long to hear that, " All aboard ! "
Seven...that's the time we leave at seven.
I'll be waitin' up for heaven,
Countin' every mile of railroad track,
that takes me back.

Never thought my heart could be so yearny.
Why did I decide to roam?
Gotta take that Sentimental Journey,
Sentimental Journey home.
Sentimental Journey home.
On ne voit là qu'une photo, pas de vidéo.
Aussi ai-je décidé de vous présenter cette chanson enregistrée en 1961 par Vicky Carr (page en anglais au bout de ce lien).

Remarquez qu'on ne se croirait pas à l'« époque rock » lors de cet enregistrement, on se croirait toujours dans les années quarante.
La prise du pouvoir par la jeunesse ne s'est faite que très lentement au début des années soixante. Très longtemps on a cru ne pas avoir changé d'époque (et, au Québec, de siècle), j'en suis témoin.



N'est-ce pas que l'orchestre n'a pas du tout le son « rock » ?
Les femmes de mon enfance cherchaient donc à imiter Lauren Bacall et ses copines mais lorsque mes parents se sont mariés, en cette même années 1944, ce désir n'était pas encore advenu en nos lointaines terres du Québec éternel.
Vous allez le voir dans les photos du mariage de mes parents que j'ai numérisées tantôt.
Cet important événement (pour moi et un certain nombre de personnes) a eu lieu le 17 avril 1944.
Si, sur ces photos, les hommes ont les chapeaux que les hommes portaient depuis les années trente, voire vingt (voyez les chapeaux des hommes d'Al Capone et d'Eliott Ness) et qu'ils porteront encore un peu au début des années cinquante, les femmes n'ont pas encore les cheveux si longs et si souples, ni les vêtements ondulants des stars.
Voyez ces photos qui sont pour moi pleines de mélancolie. Il s'agit d'un mariage de gens de classe moyenne inférieure dans un petit village québécois -Chambord- au bord du Lac Saint-Jean.



Deux photos légèrement différentes de la sortie
de l'église (Saint-Louis de Chambord).
Je connais la plupart des personnes sur ces photos
et bien peu d'entre elles ne sont pas mortes.


Le départ vers le voyage de noces, sans doute vers
leur appartement de Jonquière.
C'est un « voyage sentimental » peut-être
.

mercredi 28 janvier 2009

Température du 28 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Querelles sans fondement

Ce que nous dit aussi la réflexion de Michel Pastoureau sur la traduction de la Bible que je rapporte dans la note précédente c'est ceci:
Les différentes églises ou religions qui se sont constituées les unes contre les autres en se réclamant de tel ou tel élément d'un présumé message de Dieu ou sur telle ou telle présumée parole de Jésus-Christ se sont en réalité constituées sur les perceptions de ceux qui se sont chargés d'inventer (en se disant ou en se croyant «inspirés») ces prétendus messages ou de transcrire les prétendues paroles d'un présumé ange.
Ou tout simplement sur les trahisons des traductions.
Traductions intéressées ou innocentes.
Et que toutes les si meurtrières querelles qui s'en sont ensuivies ont été vaines, absolument vaines, et qu'elles le sont toujours et pour toujours.
Que ces querelles sans fondement ne se poursuivent que pour perpétuer les persécutions, les meurtres et les massacres.

Traduction, heureuse trahison


Dans son livre «Bleu» que, comme je vous l'ai dit , j'ai reçu en étrenne, Michel Pastoureau constate ceci :

Dans la Bible [...], les termes de couleurs varient beaucoup d'une langue à l'autre et se font de plus en plus nombreux et précis au fil des traductions. Celles-ci sont remplies d'infidélités, de surlectures, de glissements de sens. Le latin médiéval, notamment, introduit une grande quantité de termes de couleur là où l'hébreu, l'araméen et le grec n'employaient que des termes de matière, de lumière, de densité ou de qualité. Là où l'hébreu, par exemple, dit brillant, le latin dit souvent candidus (blanc) ou même ruber (rouge). Là où l'hébreu dit sale ou sombre, le latin dit niger ou viridis et les langues vernaculaires disent noir ou vert. Là où l'hébreu ou le grec disent pâle, le latin dit tantôt albus tantôt viridis, et les langues vernaculaires soit blanc soit vert. Là où l'hébreu dit riche, le latin traduit souvent par purpureus et les langues vernaculaires par pourpre. En français, en allemand, en anglais, le mot rouge est abondamment utilisé pour traduire des mots qui dans le texte grec ou hébreu ne renvoient pas à une idée de coloration mais à des idées de richesse, de force, de prestige, de beauté ou même d'amour, de mort, de sang, de feu.
 

Cette réflexion est une autre variante du proverbe italien « Traduttore, traditore », qu'on pourrait traduire (en trahissant un peu l'original) par « Traduction, trahison ».
Soyons sûrs que les différents traducteurs de la Bible ont traduit au meilleur de leurs connaissances et avec l'objectif de rendre le mieux possible dans la langue d'arrivée ce qu'ils saisissaient du sens des mots dans la langue de départ : ils traduisaient comme ils le percevaient et comme ils voulaient le faire percevoir aux destinataires de leur traduction.
Il y a toujours une question de perception dans la traduction et ce qui rend nécessaire une nouvelle traduction, -outre naturellement les changements dans les langues d'arrivée- c'est un changement dans la perception.
Mais je ne veux pas parler surtout de traduction mais de perception et profiter de cette réflexion de Michel Pastoureau pour parler un peu de la perception que nous avons du monde et des choses: de notre perception de la réalité.
Devant celle-ci nous sommes comme les traducteurs de la Bible: nous croyons la voir, l'entendre, la sentir, la goûter, l'« odorer » (si vous me permettez l'expression) comme elle est mais nous la percevons comme nous sommes.
Confrontés à la perception que les autres en ont (et qui n'est pas très différente de la nôtre si ces autres sont nos voisins, nos compatriotes ou qu'ils parlent la même langue que nous), nous discutons et sommes éventuellement obligés d'adopter une «perception de conciliation», si je puis dire.
Est-ce que cette perception-là est plus proche de la réalité ?
Et si nous sommes mis en présence d'une perception absolument étrangère à la nôtre, presque impossible à concilier avec la nôtre, que se passe-t-il ?
Est-ce à ce moment que nous prenons conscience que nous ne percevons pas les choses comme elles sont, mais « comme en un miroir » comme l'écrivait saint Paul, qui voulait dire de manière embrouillée puisque c'est ainsi qu'on voyait dans les imparfaits miroirs de son époque ?
Est-ce à ce moment que nous comprenons que la réalité du monde et des choses nous échappe et nous échappera toujours?
Que nous saisissons que nous serons toujours obligés d'en mettre au point une nouvelle traduction, qui ne sera, elle aussi, qu'une nouvelle trahison ?

Mais cette nouvelle trahison sera une nouvelle invention, une nouvelle création des choses et du monde : l'impossibilité où nous sommes de percevoir le monde et les choses tels qu'ils sont nous oblige à les créer et à les recréer éternellement.
Nous sommes vous et moi des créateurs de mondes.
Et même quand ces mondes restent à jamais inconnus des autres, ils existent en nous et nous en sommes les porteurs uniques et irremplaçables.
Babel n'est pas une malédiction : cette Tour a transformé chacun de nous en dieu.
Au grand dam sans doute du dieu jaloux d'Israël.


mardi 27 janvier 2009

Température du 27 janvier 2009 à Saguenay

Après-midi------------------------------------Soir

Le Retable de la cathédrale de Tolède et l'or en Espagne.

(Cliquez les photos pour mieux voir)

Ces photos présentent deux vues du retable de la «Capilla Mayor» de la cathédrale de Tolède.
L'or -ou la couleur or- y ruisselle comme vous le voyez.
Je ne sais pas si à l'époque où on a édifié ce retable (entre 1497 et 1504) l'or des Amériques avait été découvert. Cela serait étonnant.
Mais quand on questionne les guides espagnoles sur cet or des Amériques, elles (ce sont en majorité des femmes) répondent toujours, de manière stéréotypée, devant n'importe quelle œuvre d'or (ou dorée), «Non, ce n'est pas fait avec l'or des Amériques!».
Auraient-elles appris cette réponse dans les centres de formation de guides touristiques?
On en vient à se demander si les corsaires anglais ou hollandais ou français ont été à ce point efficaces qu'aucune once de l'or des Amériques n'a pu se rendre en Espagne, tous les galions les transportant ayant été arraisonnés ou coulés.
On s'interroge aussi sur l'habileté des marins espagnols.
Peut-être faudrait-il poser davantage de questions sur l'argent des Amériques, l'argent ayant plus de valeur que l'or à l'époque de la découverte du Nouveau Monde.
Et beaucoup d'œuvres d'art sacré espagnoles étant faites d'argent massif.
Mais on ne me fera pas croire que les conquistadors ne travaillaient pas pour l'or (ou l'argent) et que rien de tout l'or que l'Inca a donné à Pizarre pour conserver la vie (en vain, car Pizarre l'a fait exécuter) n'est parvenu en Espagne.
Quoi qu'il en soit je trouve ce retable trop chargé d'or pour qu'on ne puisse pas être distrait des beautés de sculptures et de peintures qu'il comporte.
Et les visites touristiques sont trop brèves pour qu'on puisse prendre le temps de voir vraiment et d'admirer.
Hélas! l'or aveugle.
Et l'on n'a pas le temps de vraiment voyager.
Peut-être que ce retable doré me donne l'occasion de laisser José-Marie de Hérédia rendre hommage à ces conquistadors qui n'en méritent guère étant donné les massacres qu'ils ont commis juste pour se faire une place dans la société et devenir riches.
Vous pourrez donc ne pas lire ce sonnet si vous partagez mon opinion à propos des conquistadors (remarquez que Hérédia, d'origine cubaine et descendant lui-même des conquistadors, écrivait en français et donnait un titre français à ce poème) :

Les Conquérants

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

Ces deux derniers vers valent bien d'autres poèmes.

lundi 26 janvier 2009

Température du 26 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Contre la persévérance et contre la gloire

Ce n'est pas moi qui suis contre la persévérance.
En revanche la gloire ne me dit rien.
La persévérance est en effet la seule de mes qualités (en ai-je plusieurs?) qui me permet de continuer à fréquenter le gym.
Je n'ai en effet jamais été doué pour les exercices physiques et les sports et ne les ai jamais aimés, excepté, pour certains sports, comme spectateur (il y a certainement un lien entre don et amour: on aime ce pour quoi on est doué).
Pourtant, depuis 1984 (avec une longue interruption de 7 ans jusqu'en 2003: il s'agissait d'implanter un doctorat en lettres à l'université où j'étais professeur, et cela a causé une détérioration de ma santé -l'excès de stress), je vais au gym, en général trois fois par semaine.
Une heure de cardio (sur trois appareils différents: bicyclette stationnaire, bicyclette allongée, machine à ramer) à chaque fois, et 7 exercices de musculation sur des appareils.
Ces séances sont comme un devoir pour moi car le plaisir de les accomplir ne vient jamais qu'au moment où je les ai terminées.
Mais je suis incapable de m'en passer car dès que je manque plus que trois séances je suis «entraîné» (faute d'«entraînement») dans des idées noires par mon tempérament naturellement mélancolique.
Bref, ce n'est pas par plaisir que je réussis (relativement) mes entraînements.
Relativement car c'est ainsi que je réussis à abaisser mon rythme cardiaque, mon taux de cholestérol (rassurez-vous docteur de Lorgeril: je conserve un taux dit «normal» de cholestérol sans prendre les méchantes statines des compagnies pharmaceutiques états-uniennes) et à hausser mon taux de production d'endorphines.

Mais quand je lis cette pensée d'Ambrose Bierce (vous allez voir, c'est lui qui est contre la persévérance), je ne puis que lui donner raison en me l'appliquant à moi-même:

La persévérance est une vertu obscure qui permet à la médiocrité d'obtenir un succès sans gloire.

Mais la gloire n'est pas une chose que j'espère ou que j'ai espérée: «Pour vivre heureux, vivons cachés», ai-je toujours répété en m'inspirant de la fable («Le Grillon») de Florian que vous ne connaissez sans doute pas (ni lui, ni elle, puisque le 18e siècle,- en particulier ses poètes et leur poésie-, a toujours été négligé dans l'enseignement de la littérature).
Florian (il y a son buste ci-dessus) a vécu à la fin du 18e siècle et il est considéré comme le meilleur fabuliste français après La Fontaine.
Voici sa fable.

Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l'herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs
L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes.
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleur en fleur,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents! dame Nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure;
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas!
Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courant
Après le papillon dont ils ont tous envie:
Chapeau, mouchoirs bonnets, servent à l'attraper.
L'insecte cherche vainement à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;
Un troisième survient, et le prend par la tête:
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis pas fâché;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux, vivons cachés.

dimanche 25 janvier 2009

Température du 25 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Vues de l'Acropole d'Athènes et vision du passage du temps

(La ligne sombre au centre du dessin est due au fait
que celui-ci s'étendait sur une double page.
Cliquez photo et dessin pour mieux voir)

J'ai toujours rêvé de voir les villes de l'Antiquité dans l'état où elles étaient au temps de leur plus grande splendeur.
Vain rêve !
Je me rabats sur des dessins.

On se rabat sur des romans ou des films ou des rêves pour vivre. 
On se rabat sur des dessins pour voir.
J'ai bien peur qu'au lieu d'aller en chair et en os dans l'espace interstellaire et voir de leurs yeux, les hommes devront se contenter des photos que des machines seront allées chercher pour eux.

J'ai numérisé un de ces dessins aujourd'hui (je l'ai finalisé aujourd'hui en réalité) : il ne s'agit pas d'un dessin de l'espace interstellaire mais de celui de l'Acropole d'Athènes vers le 5e siècle avant Jésus-Christ que j'ai trouvé dans un numéro des « Cahiers de Science et Vie » publié en février 2007. 
Il est au haut de cette note sous la photo où l'on peut apercevoir l'Acropole dans son état actuel.
La page couverture du « Cahier » dont il est question est présentée en bas.
Le dessin reconstitue l'Acropole au moment où elle n'est pas encore dans l'état où elle sera dans sa plus grande splendeur car un temple du 4e siècle -situé entre le Parthénon (reconstitution à droite) et l'Érechthéion comme vous le remarquerez- y reste encore à détruire.
Mais on y voit les temples définitifs (l'Érechthéion est dans un cartouche à gauche) et les Propylées, le petit temple d'Athéna Nikè, etc.
Vous remarquez qu'ils ne sont pas monochromes mais rehaussés d'accents colorés bleus et rouges.
Tous les monuments antiques (et médiévaux, au demeurant) étaient ainsi colorés, parfois bien plus encore que ceux de l'Acropole d'Athènes.
L'état de destruction de l'Acropole rend ses visiteurs très mélancoliques et nous n'avons pas échappé à ce sentiment.

C'est celui que donne la pensée de la fuite du temps dans laquelle nous sommes irrésistiblement entraînés malgré nous.
Nous et les choses et nos constructions, si solides semblent-elles.

Nous qui négligeons sans nous lasser les bonheurs que nous offre la vie.

samedi 24 janvier 2009

Température du 24 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

La Danse devant le dieu Amour

Je ne sais pas si Sa Sainteté le pape actuel aurait apprécié la mise en scène de l'une des danses de la représentation d'«Orfeo ed Euridice» au Metropolitan Opera de New York (peut-être aime-t-il exclusivement Wagner -dont la Chevauchée des Walkyries n'est pas mal non plus, n'est-ce pas?), que je vous annonçais dans la note précédente.
Car dans la dernière des danses de cet opéra -où elles sont si nombreuses, si remarquables et si caractéristiques de leur siècle (et de l'opéra français)- le metteur en scène (et chorégraphe) avait fait en sorte que les couples de danseurs et de danseuses soient tour à tour des couples composés d'un homme et d'une femme, de deux femmes, de deux hommes, les membres masculins ou féminins de chaque couple butinant d'un couple
monosexuel à un couple bisexuel et vice-versa au fur et à mesure que la danse progressait, dans une ronde sans fin, sous le regard bienveillant du dieu Amour qui venait de ressusciter définitivement Eurydice, contrairement à ce qui se passe dans le mythe antique.
Je ne sais pas si Sa Sainteté aurait apprécié.
Mais dans cette danse si prégnante, on sentait comme l'esprit de Pedro Almodóvar et de Woody Allen.
Et aussi l'esprit des œuvres consacrées à la danse et aux danseurs de Matisse.
Une sorte de fureur heureuse.
Voyez deux de ces œuvres (la plus connues en haut de cette note; l'autre ci-dessous).



Le fait que cette chorégraphie (de Mark Morris -il faut le dire) ait été faite à New York constitue comme un salut au renouveau du progrès et de la modernité aux États-Unis dont Obama devient le symbole encore une fois.

Orfeo ed Euridice

Une gouache (1934) d'Edmond Dulac - représentant Orphée alors qu'il va perdre pour toujours Eurydice- pour vous rappeler qu'il y a projection de l'opéra «Orfeo ed Euridice» de Gluck en direct du Metropolitan de New York aujourd'hui dans un cinéma près de chez vous, 13 h au Québec, 19h en Europe de l'ouest.
Le mythe d'Orphée a été le ferment majeur de l'invention de l'opéra au 17e siècle en Italie et les opéras qui s'intéressent à ce mythe sont toujours parmi mes préférés.
Car par son chant (sa poésie), Orphée crée l'harmonie entre l'humanité, les animaux et les êtres inanimés qui composent l'univers.
Cette recherche de l'harmonie est une des tâches fondamentales de l'art, particulièrement de la musique.
Peut-être de l'opéra même dont certains disent qu'il réunit tous les arts et constitue, en tous cas, la forme la plus profonde, la plus représentative, du théâtre.

vendredi 23 janvier 2009

Température du 23 janvier 2009 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Autre démangeaison nazie de Sa Sainteté le pape allemand


Que vous disais-je ()?
Peut-être Sa Sainteté s'occupe-t-elle encore des «étoiles jaunes» malgré sa malveillante sollicitude pour les «triangles roses».
Mes sources sont en partie ici.

Le «JE» du poème

Très souvent, quand un poème est à la première personne du singulier, il faut considérer que ce qui parle c'est non pas le poète mais le poème lui-même.
C'est le cas, je crois, pour «El Desdichado» de Gérard de Nerval.
Peut-être de tous les
poèmes de Nerval.
J'ai déjà présenté «El Desdichado» mais je le présente à nouveau pour que nous l'observions à ce point de vue.

Je suis le ténébreux — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie;
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Je crois qu'on peut affirmer que c'est le poème qui se plaint ici, non pas de ne plus avoir ou voir ou entendre ce qu'il énumère, mais de ne plus pouvoir se faire lui-même de tous les personnages ou de tous les mythes qu'il évoque et qui sont ceux des poèmes du Moyen Âge ou de l'Antiquité (Chrestien de Troyes, Virgile, Ovide, les trouvères et les troubadours des cours d'amour, etc.).
Ce veuf c'est le poème sans les histoires qu'il regrette.
Ce prince d'Aquitaine, c'est peut-être Richard Cœur de Lion, digne arrière-petit-fils de Guillaume d'Aquitaine, le troubadour.
Lusignan, c'est sans doute l'époux de la fée Mélusine (parfois représentée sous l'aspect d'un dragon et dont se réclame la dynastie des Plantagenêts -celle de Richard Cœur de Lion- aussi bien que celle des Lusignan).
Le poème se plaint de ne plus pouvoir être que moderne.
Mais sa plainte lui permet d'évoquer tout ce dont il se plaint d'être exilé et, par conséquent, de se faire quand même de ce dont il se plaint de ne pouvoir se faire.



La fée Mélusine, sous la forme d'un dragon,
survolant le château de
Lusignan dans
«Les Très Riches Heures du duc de Berry»
.
Ci-haut la page complète du mois de mars.
En bas un zoom sur le château.

Livres d'étrennes 2008

Ce sont trois livres que j'ai reçus en étrennes. Ils sont tous trois de Michel Pastoureau.
J'ai déjà terminé «Bleu» et en ai tiré citations et réflexions dont je vais éventuellement vous faire part.

Ce sont des livres qui me plaisent beaucoup car chacun d'entre eux, au point de vue qui est le sien, démystifie la perception des couleurs et détaille, autant que faire se peut, la «fabrication» mentale de celles-ci au cours de l'histoire.
Je vous en donne les «quatrièmes de couverture» comme on dit chez les éditeurs.

L'histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d'un complet renversement: pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu : elle est même désagréable à l'œil.

Or aujourd'hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).


L'ouvrage de Michel Pastoureau raconte l'histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu'à l'époque moderne.

Il analyse également le triomphe du bleu à l'époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations, et s'interroge sur son avenir.



Longtemps, en Occident, le noir a été considéré comme une couleur à part entière, et même comme un pôle fort de tous les systèmes de la couleur.

Mais son histoire change au début de l'époque moderne: l'invention de l'imprimerie, la diffusion de l'image gravée et la Réforme protestante lui donnent, comme au blanc, un statut particulier.

Quelques décennies plus tard, en découvrant le spectre, Newton met sur le devant de la scène un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n'y a désormais plus de place ni pour le noir, ni pour le blanc: pendant presque trois siècles, ce ne seront plus des couleurs.

Toutefois, dans le courant du XXe siècle, l'art d'abord, la
société ensuite, la science enfin redonnent progressivement au noir son statut de couleur véritable.

C'est à cette longue histoire du noir dans les sociétés européennes qu'est consacré le livre de
Michel Pastoureau.

L'accent est mis autant sur les pratiques sociales de la couleur (lexiques, teintures, vêtements, emblèmes) que sur ses enjeux proprement artistiques.

Une attention particulière est portée à la symbolique ambivalente du noir, tantôt pris en bonne part (fertilité, humilité,
dignité, autorité), tantôt en mauvaise (tristesse, deuil, péché, enfer, mort).

Et comme il n'est guère possible de parler d'une couleur isolément, cette histoire culturelle du noir est aussi, partiellement, celle du blanc (avec lequel le noir n'a pas toujours fait couple), du gris, du brun, du violet et même du bleu.



La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie.

En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient sur les marges de la société chrétienne ou bien en dehors: jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures.

Sans faire aucunement disparaître ces rayures très négatives, l'époque romantique voit apparaître une autre forme de rayures, positives et liées aux idées nouvelles de liberté, de jeunesse, de plaisir et de progrès.

Dans les sociétés contemporaines, ces deux types de rayures cohabitent: celles des vêtements de prisonniers, de la pègre, des lieux dangereux et mortifères, et celles du jeu, du sport, de l'hygiène, de la mer et de la plage.


Chiasme


Une réflexion de Marcel Proust sur laquelle je vous laisse réfléchir:

Les plats se lisent et les livres se mangent.