vendredi 29 février 2008

Fidélités

Un aphorisme d'Oscar Wilde pour sa brièveté et sa vérité:

Les jeunes gens veulent être fidèles et ne le sont pas. Les vieillards veulent être infidèles et ne le peuvent pas.

Et croyez-moi c'est vrai!
Ne vous étonnez pas de retrouver dorénavant des aphorismes de ce genre (d'
Oscar Wilde et de maints autres) dans ce blogue: ils sont toujours d'une utilité extrême.

jeudi 28 février 2008

«Vivre c'est se mettre en scène»

Très belle phrase lue aujourd'hui dans une interview de Jean-Claude Carrière (à gauche): «Vivre c'est se mettre en scène».
Cela implique qu'en vivant sa vie en société, on ne présente pas tout de soi. Que, dans ce qu'on présente, on met en relief tel ou tel élément, on met au second plan tel ou tel autre élément, et que l'on choisit (en autant que les circonstances nous le permettent) le ou les décors où nos apparitions les plus fréquentes ont lieu (ce sont les lieux qui servent de cadres aux activités que nous aimons le mieux exercer).
Car, vous le savez bien, vous à qui j'écris, on ne présente pas tout de soi aux autres, c'est-à-dire pas tout de soi à tous: on présente certains éléments à telle personne ou à tel groupe de personnes, ces autres éléments à telle autre personne ou à tel autre groupe de personnes. Même à son psychologue on ne peut présenter tout, vous le savez, il le sait lui aussi.
De toute façon, sûrement, par incapacité psychique, on ne «présente» pas tout de soi même à soi.
On a besoin de situations exceptionnelles, comme la situation psychanalytique par exemple ou comme des situations limites -accidents, décès, etc.- pour que surgissent devant nous des éléments de notre personne que nous n'avions pas pu nous présenter jusque-là.
En faisant le récit de certains des événements de ma vie à des correspondants, j'ai pu prendre conscience de choses que je n'avais pas eu conscience de vivre au moment où je les avais vécues tout en les ayant en mémoire et tout en les ayant toujours eues en mémoire.
Vivre c'est mettre sa vie en scène mais on ne vit sa vie qu'en l'écrivant ou plutôt en écrivant quelque chose -de préférence une fiction- qui nous force à recourir à elle pour s'écrire et, par conséquent, à vivre vraiment notre vie, en profondeur, en la revivant par ce moyen.
Peut-être aussi vivons-nous vraiment en jouant un rôle au théâtre ou au cinéma.
Peut-être aussi en pensant jouer un rôle dans notre vie de tous les jours. Mais nous en revenons ainsi à la phrase de
Jean-Claude Carrière.
Nous en revenons aussi à Marcel Proust: «La vraie vie c'est la littérature». Je crois que c'est ce que dit
Jean-Claude Carrière en d'autres mots, évidemment en étendant le sens du mot «littérature».
Je reviendrai sur ce sujet en évoquant le «mentir-vrai» de Louis Aragon.

Spectacles et confort


Quand il est question d'aller à un spectacle, à un concert, à un opéra, à un récital ou à un ballet à la Place des Arts de Montréal (ou à n'importe quelle salle de spectacle de Montréal) ou au Grand Théâtre de Québec ou au Palais Montcalm, quel bonheur! Car en plus de l'intérêt du spectacle, il y a la beauté des salles et, surtout, le confort des sièges, et la commodité des rangées de sièges. Double bonheur!
À Saguenay, quand le spectacle a lieu à l'Auditorium Dufour* (ou jadis à la salle François-Brassard) il faut préparer ses vieux os (et ses fesses) et son esprit à la souffrance, à l'inconfort (j'allais ajouter à la maladie et à la mort, et je sens que j'exagère à peine). Comment y apprécier un spectacle, même excellent?
Je vais vous dire, même si je sais qu'un spectacle sera éventuellement présenté à Saguenay, je vais parfois le voir plutôt à Québec ou à Montréal où on ne fait pas de la petite politique aux dépens de la culture.
Reste la salle Pierrette-Gaudreault, mais on ne peut y faire jouer un orchestre complet et la salle est trop petite pour être vraiment rentable.

Heureusement l'autoroute en construction dans la Réserve faunique va nous permettre d'aller plus souvent goûter au confort des salles des villes qui en valent la peine.






* Tout a l'air très bien sur les photos du site mais ce qui est laid y est soigneusement dissimulé.

mercredi 27 février 2008

Amalia Rodrigues et le «fado»

Connaissez-vous le fado, ce chant typique du Portugal où s'exprime évidemment toute la tristesse du monde ? Et connaissez-vous Amalia Rodrigues?
Le Portugal est là sur la carte, en orangé, sur la côte atlantique de la péninsule hispanique.
J'écoutais beaucoup cette chanson « Uma Casa Portuguesa » à la fin des années soixante quand j'étudiais à l'Université Laval (à Québec, pour les Montréalais et les citoyens de l'étranger qui ne le sauraient pas), pendant les matinées où je songeais à la manière dont je pourrais venir à bout de cette dissertation que je devais remettre le lendemain. Voici d'abord Amalia telle qu'elle était sous la dictature catholique de Salazar dans les années cinquante au moment où cette chanson a été composée (ci-dessous).Et puis voici deux interprétations de cette chanson, l'une (la seconde) que l'on pourrait qualifier d'« époque », l'autre qui présente un meilleur son. Sous ces deux interprétations les paroles portugaises de la chanson.






Uma Casa Portuguesa (Reinaldo Ferreira 1953)

Numa casa portuguesa fica bem
pão e vinho sobre a mesa.
e se à porta humildemente bate alguém,
senta-se à mesa co'a gente.
Fica bem esta franqueza, fica bem,
que o povo nunca desmente.
A alegria da pobreza
está nesta grande riqueza
de dar, e ficar contente.

Quatro paredes caiadas,
um cheirinho á alecrim,
um cacho de uvas doiradas,
duas rosas num jardim,
um São José de azulejos
mais o sol da primavera,
uma promessa de beijos
dois braços à minha espera...
É uma casa portuguesa, com certeza!
É, com certeza, uma casa portuguesa!

No conforto pobrezinho do meu lar,
há fartura de carinho.
e a cortina da janela é o luar,
mais o sol que bate nela...
Basta pouco, poucochinho p'ra alegrar
uma existência singela...
É só amor, pão e vinho
e um caldo verde, verdinho
a fumegar na tigela.

Quatro paredes caiadas,
um cheirinho á alecrim,
um cacho de uvas doiradas,
duas rosas num jardim,
um São José de azulejo
sob um sol de primavera,
uma promessa de beijos
dois braços à minha espera...
É uma casa portuguesa, com certeza!
É, com certeza, uma casa portuguesa!

Voici une traduction française que j'ai trouvée sur le blogue «Soupe populaire:

Dans une maison portugaise, on apprécie
Le pain et le vin sur la table.
Quand humblement quelqu’un frappe à la porte
Il s’assoit à table avec les autres
On apprécie cette délicatesse
Que le peuple ne dédit pas, on apprécie.
La joie de la pauvreté
Réside dans cette grande richesse
De donner, et en être satisfait.
Quatre murs blanchis à la chaux
Une légère odeur de romarin
Une grappe de raisins dorés,
Deux roses dans un jardin,
Un saint Joseph en azulejo
Sous un soleil de Printemps
Une promesse de baisers
Deux bras qui m’attendent…
C’est une maison portugaise, c’est certain !
C’est certain, c’est une maison portugaise !
Dans le modeste confort de ma maison,
Il y a abondance de tendresse,
Le rideau de la fenêtre est le clair de lune
Et aussi le soleil qui y frappe
Il en faut peu, bien peu pour contenter
Une existence simple,
Juste de l’amour, du pain et du vin
Et de la soupe aux choux verts, bien verts
Qui fume dans un bol.
Quatre murs blanchis à la chaux
Une légère odeur de romarin
Une grappe de raisins dorés,
Deux roses dans un jardin,
Un saint Joseph en azulejo
Sous un soleil de Printemps
Une promesse de baisers
Deux bras qui m’attendent …
C’est une maison portugaise, c’est certain !
C’est certain, c’est une maison portugaise !


Macintosh et Windows


J'ai passé la journée d'aujourd'hui à m'échiner à installer Windows XP Pro sur mon iMac Intel grâce à VMware et à sa machine virtuelle. J'ai enfin réussi je ne sais comment (réellement, moi qui sais comment on fait de la programmation, je ne sais comment j'ai fait).
Tout fonctionne maintenant au doigt et à l'œil. Mais quel travail!
Je pense que la seule raison pour laquelle tant d'entreprises s'acharnent à privilégier Windows pour équiper leur «parc» (j'aime bien ce mot même si c'est peut-être un anglicisme) informatique c'est à cause des conseils de leurs directeurs de l'informatique qui (ils le savent bien) verraient leur emploi aboli, ainsi que celui de leurs innombrables subordonnés (ce sont des légions et des légions d'employés qu'il faut pour contourner les incohérences et les erreurs de Windows et pour le faire fonctionner -quelle que soit la version de celui-ci). Le taux de chômage serait accru du jour au lendemain d'au moins 150% si on abandonnait cet incroyable système d'exploitation pour n'importe quel autre (je ne privilégie même pas le système Macintosh: tous les systèmes sont, selon moi, supérieurs à Windows).

lundi 25 février 2008

Télé haute définition et son


J'aime bien la télé haute définition même si la gestion de ce blogue ne me permet pas de la visionner très souvent...
J'en bénéficie (mais pas complètement comme vous allez voir) depuis presque deux ans maintenant. Et oui j'ai payé le double du prix d'avant le dernier Noël et le quadruple du prix de maintenant. Mais pour être parmi les premiers possesseurs de n'importe quel produit de consommation, il faut payer le prix.
Ce que je n'aime pas dans la haute définition c'est ce que je pourrais appeler la gestion du son par les diffuseurs. Dès qu'il y a de la musique tout se passe comme à la télé ordinaire quand il y a des publicités. On dirait qu'ils veulent nous défoncer les oreilles pour y faire pénétrer de force leur salade.
À mon avis c'est l'équivalent d'un viol (d'ailleurs les mots que j'utilise pour peindre le phénomène sont significatifs).
Je me dis parfois que ce sont sans doute des jeunes qui sont préposés à la gestion du son chez les diffuseurs et que ces jeunes ont perdu toute acuité auditive dans la fréquentation de la musique rock (majoritairement anglo-saxonne mais avec de plus en plus d'imitateurs de toutes races et de toutes langues).
Comme je ne suis plus jeune et que j'ai préservé avec soin la virginité de mon ouïe, j'entends trop et trop bien (c'est peut-être la seule de mes virginités que j'ai préservée avec autant de soin, étant baby-boomer et appartenant à la génération lyrique anté-sidatique et post-antibiotiques).
Il se passe le contraire de ce qu'il se passait quand j'étais jeune. À cette époque ce sont les vieux que l'âge rendait sourds. Imaginez ce qui arrivera dans leur vieillesse aux jeunes qui sont déjà sourds aujourd'hui à cause de leurs goûts(?) musicaux ou, du moins, à cause du viol qu'ils ont accepté de subir. Pourquoi n'a-t-on pas fait intervenir la Direction de la protection de la jeunesse? Ce viol-là me semble aussi grave que les autres (mais c'est sans doute l'égoïsme propre à ma génération qui cause chez moi cette indignation peut-être disproportionnée).

dimanche 24 février 2008

Pourriels (suite)

Je vous avais promis dans une note du 18 février (cliquez pour y être conduit) un nouveau rapport sur les pourriels. J'ai décidé d'attendre quelques jours. Le temps est venu. Voici les pourriels reçus du 19 février à aujourd'hui:

(Cliquer pour zoomer En appuyant sur la touche «CTRL» du clavier pour ouvrir une autre fenêtre)

Moins d'offres de viagra, de méthodes d'allongement ou de grossissement des organes génitaux ou mammaires. Plus d'offres d'argent, de travail à la maison, de gains sans travail. Mais tout cela en anglais seulement. Faut-il être sot pour penser obtenir quelque chose de quelqu'un en s'adressant à lui dans une autre langue que la sienne, surtout si on est importun.

samedi 23 février 2008

Cadeaux d'anniversaire

À l'occasion de mon anniversaire j'ai reçu un billet pour la représentation du 7 juin de Madama Butterfly de Giacomo Puccini (à gauche) à la Place des Arts à Montréal (voir ci-dessus les caractéristiques de ce spectacle): si vous voulez y assister achetez vite un billet car il ne reste presque plus de bonnes places malgré le fait qu'il y a 6 représentations prévues.
Et j'ai aussi reçu les deux tomes du coffret Livrets d'opéra (édition bilingue) d'Alain Pâris dans la collection Bouquins chez Robert Laffont.
Ci-dessous l'affiche de la première représentation de
Madama Butterfly, avec ses polices de caractères «Art nouveau»:

(Cliquer les images pour zoomer)


Et voici une aria que nous allons entendre, «Un Bel Vedremo» par Renata Tebaldi en 1973 à la télévision japonaise:



Comme il y a des problèmes avec YouTube, ce dimanche 24 février, j'ajoute une interprétation de la même aria par Montserrat Caballé sur DailyMotion:

Rivalités universitaires et amitié

Les rivalités sont grandes entre collègues dans la vie universitaire. Si grandes que lorsque l'on est vraiment ami avec un ou une collègue, quand on le/la présente à quelqu'un on sent le besoin de dire: «Je vous présente ma/mon collègue et néanmoins ami(e)». Hier, dans le cadre des festivités entourant mon anniversaire de mercredi, repas au restaurant La Cuisine, que mon ex-collègue et néanmoins amie (mais vraiment très grande amie), Francine Belle-Isle, nous a offert, à ma femme (et néanmoins amie...), à mon ex-collègue et néanmoins très grand ami, Mustapha Fahmi, et à moi (et néanmoins...).
Nous avons tous mangé l'excellente entrecôte de bœuf à l'érable pommes frites, la mousse au chocolat et la plupart d'entre nous a bu un verre ou deux du très bon Shiraz-Cabernet de Jacob's Creek. Et surtout nous avons parlé de mille sujets qui nourrissent ma vie. Comme La Fontaine l'écrivait:

Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.

Et trois ami(e)s -dont sa femme- c'est encore mieux que deux.



vendredi 22 février 2008

Poémier

Un module de création aléatoire de poèmes a été ajouté aujourd'hui dans la colonne de droite et mis à votre disposition. Ce module s'intitule «Poémier» et je vous explique comment vous en servir dans le «NOTA BENE» qui le précède. Bonne création.

Nombril-ombilic-omphalos

En revisant la présentation de ce blogue, j'ai été amené à regarder de manière plus attentive la fresque «La Création de l'homme» de Michel-Ange que je vous ai présentée en parlant de la Chapelle Sixtine hier ou avant-hier (je vous la présente à nouveau ci-dessous: ce n'est pas la place qui manque).
Pourquoi, me suis-je demandé, Adam est-il représenté avec un nombril s'il a été modelé par Dieu avec de la boue et n'est pas né du ventre d'une femme à laquelle il aurait été attaché par un cordon ombilical, comme vous et moi qui n'avons pas été créés par Dieu mais sommes nés d'une femme? Je vous pose la question et j'ajoute celle-ci: les croyants pensent-ils qu'Adam avait un nombril? Et Ève en avait-elle un, selon ces croyants?
Rassurez-vous: je ne vous pose ces questions que pour montrer encore (c'est une
marotte) la sottise du créationnisme et de ceux qui croient que la Bible est la parole de Dieu.

Nouvel Aspect

Je vous présente le nouvel aspect de ce blogue. J'espère qu'il vous plaît. Adieu les pastilles qui décoraient le fond de l'écran.

Oyez, oyez, oyez

Chers visiteurs, rassurez-vous, je ne vous annonce pas la fin de ce blogue: seulement qu'il changera bientôt d'aspect. Il empruntera une nouvelle apparence tout en gardant le même contenu, la même adresse, etc. Je vous en avertis d'avance pour prévenir toute surprise trop grande qui vous amènerait à on ne sait quoi. Si le changement vous déplaît, faites-m'en part, je tâcherai de vous en faire voir les avantages.
Marguerite Yourcenar, dans les
Mémoires d'Hadrien, fait dire à son héros (l'empereur Hadrien que j'admire tant et qui est le pilote de mes voyages): «Peu à peu le masque devient le visage». Je vous recommande la lecture de ce roman.
Je ne sais pas si le changement de masque aura un effet sur le visage de mon blogue mais j'aime encore le changement et je suis prêt à en accepter l'effet s'il ne vous déplaît pas trop.
Je vous remercie de vos visites, elles sont silencieuses la plupart du temps et j'étais le professeur à beaucoup aimer que mes étudiants me posent des questions. À cause de l'effet de renouvellement qu'elles avaient sur mon esprit. Mais un blogue n'est pas une salle de cours et je comprends votre silence. Rompez-le un peu parfois si vous en trouvez le temps: vous pouvez le faire en restant anonyme si vous le désirez.

jeudi 21 février 2008

Masturbation

À Bazzo.tv (Télé-Québec) hier soir (nous sommes en 2008), présentation d'un extrait d'Annie Hall. Deux répliques de Woody Allen (dans le personnage d'Alvy Singer) ont trait à la masturbation. Vous devez les connaître mais je vous les rappelle car elles me semblent pleines de vérité et d'irrévérence (les deux qualités sont peut-être inséparables).

La première : « Je fais bien l'amour parce que je me suis longtemps entraîné tout seul ».

La deuxième : « Ne critiquez pas la masturbation, c'est faire l'amour avec quelqu'un que j'aime ».

Que d'intelligence et de désinvolture dans cette petite tête laide.

Éclipse (photo)

Désolé, pas de photo significative de l'éclipse de lune d'hier au-dessus de Saguenay. En voici une qui aurait pu être prise de n'importe où (tous les journaux sur Internet en présentent de meilleures). Je la place là pour rendre hommage à la soeur d'Apollon, mon dieu depuis Délos:


Le «Miserere» d'Allegri

J'ai parlé hier, à propos des castrats, de la Chapelle Sixtine. Cela m'a rappelé le Miserere de Gregorio Allegri (ci-contre). Ce Miserere était chanté lors des matines du mercredi et vendredi de la Semaine sainte à la Chapelle Sixtine. On ne l'entendait pas ailleurs, les autorités pontificales ayant interdit, sous peine d'excommunication, de le transcrire ou de le jouer ailleurs. Jusqu'à 1769 où , au terme de deux auditions, Mozart, (ci-contre) malgré son catholicisme et la menace, transcrivit la pièce, qui fut plus tard imprimée à Londres. Ah! merveilleux 18e siècle où les Catholiques (du moins ceux qui étaient instruits) n'avaient plus peur des vaines menaces des autorités ecclésiastiques et où les pays protestants s'en moquaient (excepté au Québec où, hélas! le 18e siècle n'est survenu qu'à partir des années soixante du 20e siècle, et encore...)!

Je veux vous faire entendre ce Miserere. Wikipédia le décrit ainsi: «Il est écrit pour deux chœurs, l'un à quatre voix, et l'autre à cinq. L'un des chœurs chante une version simple du thème original de l'hymne et l'autre chœur, à quelque distance, en chante un commentaire orné. C'est un des meilleurs exemples du style polyphonique de la Renaissance». Le voici chanté en 1987 par le Choir of King's College de Cambridge:



Et voici une photo de la magnifique chapelle gothique (terminée au 16e siècle: 1547) où la prestation de la chorale a lieu:


(Cliquer comme toujours les images pour zoomer)

mercredi 20 février 2008

Éclipse

Suivez-vous l'éclipse de lune qui a lieu à l'heure actuelle au-dessus du Québec et qui est particulièrement visible de Saguenay? Nous tentons d'en faire des photos. Si nous réussissons je vous en présenterai demain. Mais le spectacle en lui-même est fascinant. Les Anciens diraient que la Terre s'interpose entre Apollon et Artémis. Que fera le dieu s'il perd sa soeur de vue? Voici l'«Artémis au bain» de François Boucher (1742)

(Cliquer pour voir de près la merveilleuse chair divine)

Castrats, hautes-contre, contreténors

(La Création de l'homme par Michel-Ange, à la Chapelle Sixtine. Cliquer pour zoomer)

Le film Farinelli (à droite Carlo Broschi, dont le nom de théâtre était Farinelli, dans un tableau de l'époque (Corrado Giaquinto)) de Gérard Corbiau m'a permis de découvrir un ensemble de chanteurs qui perpétuent dans le temps présent la tradition des castrats qui ont fait les beaux jours des opéras baroques aux 17 et 18e siècles.
Et qui ont fait aussi les beaux jours des
choeurs et chorales ecclésiastiques, dont le choeur de la Chapelle Sixtine au Vatican. Le dernier castrat du chœur de la Chapelle Sixtine -Alessandro Moreschi- est d'ailleurs décédé à Rome en 1922 seulement (il y a des enregistrements de sa voix datant de 1902).
Il m'a permis également de découvrir les opéras de Georges Frédéric Haendel, et particulièrement Rinaldo dont l'air le plus célèbre -que je veux vous faire entendre dans différentes interprétations- est Lascia ch'io pianga. En voici les paroles:


Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libertà
E che sospiri,
e che sospiri la libert
à
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à

Il duolo infranga
queste ritorte
de miei martiri
sol per piet
à,
de miei martiri
sol per pietà.
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à
E che sospiri,
e che sospiri la libert
à
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à

La première interprétation est celle du film. La voix de Farinelli est composée des voix d'un contreténor (Derek Lee Ragin) et d'une soprano colorature (Ewa Małas-Godlewska). La voici:




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Interruption
Je vais vous présenter plus tard les autres interprétations: il est 17h25 et je dois prendre l'apéro (un excellent et pas cher Pinot noir-Vin de pays d'Oc de Laroche).
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Reprise
Il est maintenant 20h45. Excusez-moi de l'interruption, mais c'est aujourd'hui mon anniversaire et j'ai décidé de prendre les choses plus calmement sans toutefois faillir à mon devoir(?). Voici donc maintenant les autres interprétations que je vous avais promises de l'
aria de Haendel. Il y en a deux.
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La deuxième (après celle du film) est celle de Philippe Jaroussky, une haute-contre ou un contreténor moderne. La voix est moins puissante que celle présumée d'un castrat mais plus émouvante peut-être, à cause de l'ascèse qu'on y sent:



La troisième est celle d'une grande cantatrice Angela Gheorghiu, plus rassurante puisque l'aria a été écrite pour une voix de cette tessiture et que la voix de Mme Gheorghiu ne provient pas d'un corps mutilé, si je puis dire, ou d'une voix en quelque sorte bridée:



Peut-être éventuellement parlerai-je de la castration et de son utilisation dans la fabrication de voix puissantes pouvant s'étendre sur quatre octaves pour le bénéfice de l'art.
Peut-être parlerai-je d'autres «mutilations» effectuées pour le bénéfice de l'art, dans la pratique du ballet par exemple.
Pour le moment je vous dirai q
ue la castration a été employée à cause de l'interdiction donnée aux femmes de se produire sur scène ou à l'église, interdiction immémoriale en ce qui concerne la scène et qui durait encore au 18e siècle. Je vais également vous renvoyer à l'article «Castrat» du dictionnaire de Wikipédia.

mardi 19 février 2008

Bilinguisme, polyglottisme, apprentissage. etc.


Il me semble évident que la régression considérable de la qualité du français écrit provient du fait qu'il y a trop peu d'études de langues étrangères dans l'enseignement au Québec. 
Avant la réforme de l'éducation dans les années soixante, à la suite du Rapport Parent -qui a été si mal appliqué pour des raisons (petites) politiques et financières-, il y avait l'enseignement des langues anciennes, le latin et le grec, dont l'étude permettait de mieux faire connaissance avec les structures de sa propre langue.
En principe, l'étude de langues modernes devrait permettre la même chose. Moins bien que l'étude des langues anciennes car l'étude de celles-ci était absolument désintéressée : ce n'était pas pour parler et écrire le latin et le grec qu'on les étudiait mais, presque exclusivement, pour apprendre à parler et surtout à écrire sa propre langue. 
L'étude des langues modernes est plus intéressée, plus utilitaire, celle en particulier de l'anglais, -cette belle langue qui est en train d'être détruite tant elle est réduite aux bases de la communication ; cette belle langue qui est en train de devenir un pidgin international. 
Je suis pour ma part partisan d'un retour à l'étude des langues anciennes. Malheureusement, j'ai pu le constater durant ma longue carrière, ce qu'on étudie à l'école -et même à l'université- très souvent on ne l'étudie pas pour le connaître vraiment, on l'étudie pour passer l'examen ou les tests périodiques. Dès l'examen terminé ou les tests passés on se hâte d'oublier ce sur quoi ils portaient.
J'ai des amis qui ont étudié avec moi qui n'ont aucun souvenir de ce qu'ils ont étudié : c'est comme s'ils avaient perdu cinq, dix années de leur vie. 
Pourquoi vivre longtemps si on a été incapable de vivre les années normales de sa vie (je sais, cette question peut nous mener très loin) ? 
À ma grande honte je me rends compte que des personnes à qui j'ai enseigné ne se souviennent de rien de ce que je croyais leur avoir appris (c'est le pire échec pour un professeur). 
Peut-être, pour vérifier l'apprentissage, faudrait-il autre chose que des examens. 
Une immersion dans les matières de cours. Et pour étudier des langues une immersion dans les sociétés qui leur ont donné naissance.
Il faudrait peut-être reconstituer avec l'aide de robots une ville romaine où l'on ne parlerait que le latin et une ville grecque où l'on ne parlerait que le grec ancien.
Pas nécessaire que ce soit Rome ou Athènes !

Une ville moyenne conviendrait.
On pourrait y vivre ce qu'on est censé apprendre plutôt que l'ânonner.


Apothéose de l'Inconnu(e)

Des ami(e)s qui entretiennent -légitimement ou non- des correspondances électroniques avec des inconnu(e)s m'ont parlé d'une sorte d'effet d'amplification (déification? apothéose (c'est le même sens originellement)?) de leur correspondant(e).
Flaubert (à droite) parlait déjà de cet effet dans Madame Bovary, mais cet effet se produisait dans une correspondance postale, si je puis dire.
L'héroïne, Emma Bovary, écrit des lettres à Rodolphe dont elle est amoureuse. Voici ce qu'elle ressent à l'égard de celui-ci, selon Flaubert, au fur et à mesure que se développe sa correspondance:

«(..) en écrivant, elle percevait un autre homme,
un fantôme fait de ses plus ardents souvenirs,
de ses lectures les plus belles, de ses convoitises
les plus fortes; et il devenait à la fin si véritable,
et accessible, qu'elle en palpitait, émerveillée, sans
pouvoir néanmoins le nettement imaginer,
tant il se perdait, comme un dieu, sous
l'abondance de ses attributs.»

Cet effet de déification mes ami(e)s me disent qu'il allait jusqu'à susciter chez eux du désir et des sentiments passionnés pour leur correspondant(e), et ce qui s'ensuit
parfois...
Ce phénomène, je crois, ressemble à celui qu'on éprouve à la lecture d'un récit littéraire ou non qui nous amène à nous identifier au héros. En tous cas, pour ma part, avant de lire d'une manière distanciée ces textes, j'ai éprouvé un sentiment très fort d'identification à Fabrice* del Dongo, le héros de La Chartreuse de Parme de Stendhal
(ci-dessous)



et au Narrateur d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (ci-contre).

Mais naturellement l'effet dont me parlent mes ami(e)s, il se produisait à l'égard de personnes qu'ils/elles croyaient réelles: la rencontre de ces personnes dans la réalité était parfois très décevante et démontrait la force de l'imagination de mes ami(e)s et, sans doute, de tous les humains. Une ou deux exceptions cependant: la différence était grande entre le réel et l'imaginaire mais le réel était assez intéressant pour qu'une relation se noue.
Je ne sais pas si on l'a déjà fait mais peut-être pourrait-on écrire un roman qui mettrait en scène différents types d'échanges électroniques et les effets que ces échanges amènent dans ceux qui en sont les protagonistes. Évidemment l'amour est l'amour mais peut-être qu'il serait possible d'en découvrir de nouveaux aspects -et de nouveaux aspects des chagrins et des méprises qui l'accompagnent nécessairement.

* Mais le sentiment à l'égard de ce héros est resté si fort -et celui de ma femme était équivalent au mien- que lorsque est venu le temps de choisir un prénom pour notre fils nous lui avons donné celui de Fabrice.

lundi 18 février 2008

Pourriels 18-02-08

Pour illustrer ce que je vous écrivais dans un message d'hier, dimanche, voici une photo d'écran de mes pourriels d'hier soir et de ce matin. La suite demain:

(Cliquer pour voir mieux)

Sidney Bechet et la clarinette

Oui j'aime bien la clarinette de jazz et particulièrement celle de Sidney Bechet (dont j'ai déjà parlé du morceau «Petite Fleur», le thème de l'émission «Le Cabaret du soir qui penche» que j'écoutais au début des années soixante durant mon adolescence).
Voici «Pleure pas Nelly» que je dédie à la guide de notre voyage de groupe en Grèce, qui s'appelait Héléna mais qui se faisait appeler Nelly, pour se distinguer un peu des centaines de milliers d'Héléna grecques.

Elle était professeur d'université et nous avons bien discuté elle et moi (avec bonheur) de la prononciation véritable du grec ancien. Elle m'accusait de le prononcer comme Érasme, (voyez celui-ci à droite dans la toile d'Holbein) c'est-à-dire en «diphtonguant» (prononçant comme deux voyelles) les doubles voyelles alors que, selon elle (et elle avait raison je crois), les doubles voyelles se prononçaient comme une seule: «kai», par exemple -qui signifie «et» en français et que je prononçais «caille», selon les directives de mes professeurs de grec qui suivaient eux-mêmes Érasme-, se prononçait en réalité «», comme en grec moderne. Comme vous le voyez, les professeurs d'université ont parfois des discussions passionnantes. Dans cette perspective Poséidon se prononce Posidon, etc.
Mais voici un extrait de «Pleure pas Nelly» ( adresse YouTube pour la pièce au complet: Pleure pas Nelly):




Remarquez le beau tourne-disque (on disait «pick-up» dans le Québec des années cinquante) 78-tours. Et dites-moi que c'est bien à la clarinette que Sidney Bechet joue, car il avait beaucoup d'habileté à jouer aussi du saxophone soprano et, à la fin de sa vie en France, il jouait presque exclusivement de cet instrument.
Ce n'est peut-être pas «Pleure pas Nelly» que la pièce musicale devrait s'intituler mais «Pleure pas Jacques», à cause du deuil que celui-ci a dû faire de sa prononciation adolescentine du grec. Un autre deuil, précédé de bien d'autres et que bien d'autres suivront, à cause de l'âge et du passage du temps.

dimanche 17 février 2008

La Clarinette

Les deux interprètes dont il est question dans ce message,
Jean-Philippe Sylvestre à gauche et Sean Rice à droite.


Ce dimanche 17 février à 16h je suis allé au concert des Jeunesses musicales du Canada
auxquelles ma femme nous a abonnés (avec mon accord me rappelle-t-elle, pensant ainsi modérer mes remarques) à la salle Pierrette-Gaudreault du Centre culturel de Jonquière. Les deux artistes en récital était un pianiste (Jean-Philippe Sylvestre) et un clarinettiste (Sean Rice). Ils présentaient des pièces pour piano et clarinette.
Et j'ai découvert que j'aime beaucoup le piano, même seul, ou le violon, même seul, mais pas vraiment la clarinette, du moins quand le concert est composé de pièces de musique classique (ce serait peut-être différent si la musique était du jazz). Le romantisme sombre de Brahms ne résiste pas au son criard de l'instrument et comme c'est ce romantisme et ce caractère sombre que j'aime je n'ai pas pu aimer le concert (je n'y allais pas pour Darius Milhaud ou Weber ou Berg, un peu pour Debussy (où la clarinette a bien fait ) et un peu pour Rossini (idem)).


(photo: Paul Cimon. C'est le Centre culturel de Jonquière.
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Pourriels

Comme vous sans doute je reçois beaucoup de pourriels (que les peuples anglophones et les peuples qui rêvent de l'être appellent «spam» -je trouve que ce mot ressemble à une marque de lessive, ce qui ne convient pas pour les objets qu'il désigne). En particulier depuis que je suis inscrit sur FaceBook (où il n'y a personne de mon âge et, donc, pas beaucoup d'interactivité pour moi). Les robots collecteurs d'adresses électroniques y semblent cependant fort actifs dans leurs tâches infâmes.
Un avantage supplémentaire d'être francophone et francophone en Amérique du Nord, tous les pourriels sont en anglais et ont un objet en anglais. Pas besoin donc de les vérifier, tous les courriels qui sont en anglais sont des pourriels et on peut, automatiquement,
tous les envoyer à la corbeille. Si vous voulez les vérifier donnez-moi votre adresse de courriel, je vous réexpédie tous mes pourriels. Quel que soit votre sexe vous allez pouvoir répondre à des offres faramineuses de viagra, de cialis, de méthodes pour allonger votre pénis ou grossir votre poitrine ou rajeunir votre visage ou que sais-je (mais cela s'adresse aux anglophones je vous le rappelle: ils semblent avoir des besoins infinis en ces domaines)?
Si vous êtes francophone, donc, restez-le jalousement. Et, en outre, changez votre ordinateur pour un Macintosh si vous n'en avez pas déjà. Avoir un Macintosh présente un avantage supplémentaire équivalant à celui d'être francophone: un
Macintosh n'est jamais infecté de virus (qui accompagnent souvent les pourriels mais sont sans pouvoir sur le Macintosh).
Être différents des autres, ne pas être comme les autres, est toujours un avantage. La malédiction de la Tour de Babel (à droite celle du tableau de Brueghel l'Ancien) n'était pas une malédiction, c'était au contraire une bénédiction.
Si c'est vraiment le Dieu de la Bible qui est l'auteur de la malédiction on pourrait dire que, comme d'habitude, il s'est mis le doigt dans l'oeil. Ou que ses croyances concernant les malédictions sont vraiment trop humaines pour être divines.

samedi 16 février 2008

La Belle Noémie

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Voici la belle Noémie -déjà déesse c'est-à-dire nue- à 6 mois. Elle a de beaux yeux bleus, comme son grand-papa et son papa, et toute la beauté de sa grand-maman et de sa maman. C'est la petite-fille de mon ami Gaston que je jalouse beaucoup car il est bien plus jeune que moi et déjà il est grand-papa. Heureusement, depuis que nous les connaissons, mon ami et sa conjointe Dolorès partagent leurs joies de parents -et maintenant de grands-parents- avec nous. Nous avons connu la belle Nathalie aux
yeux charmeurs -la mère de la belle Noémie- depuis qu'elle a trois ou quatre ans. Nous avons connu son frère Carl (qui a maintenant 17 ans) quand il est né. Et maintenant Nathalie nous permet de connaître sa fille et d'anticiper un peu les joies de la «grand-parentalité».
Noémie a éclairé de son beau sourire et de ses regards séducteurs notre «brunch» du Jour de l'An, et, comme une «étoile» qu'elle est, elle éblouit votre écran d'ordinateur en même temps que le nôtre.
La voici nous présentant un de ses divers talents innés:


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vendredi 15 février 2008

Littérature et parole divine


Je trouve admirable l'opération par laquelle le peuple juif a rassemblé les différents textes écrits pendant un millénaire et qui formaient sa littérature en un seul livre (appelé, depuis le grec, «la Bible») et s'est fait croire à lui-même comme peuple et, aujourd'hui, à la majorité des humains sur la Terre que ce livre était la parole de Dieu.
En effet, ce qu'on appelle «la Bible», et qui a été écrit tour à tour en hébreu (langue originelle des Juifs) et en araméen (langue de leurs conquérants babyloniens), comprend des épopées, des romans, des chroniques, des recueils de poésies, des satires, etc. comme toutes les littératures. Et ces différents textes ont leurs beautés particulières, comme les textes des autres littératures, mais des beautés qui leur appartiennent en propre, comme les textes des autres littérature ont les leurs, qui leur appartiennent également en propre.
Mais, comme les textes des autres littératures, les textes de la littérature juive n'ont rien de divin. Ou disons plutôt (puisque je suis un littéraire et que c'est ce que je crois)
que tous les textes littéraires de n'importe quel peuple sont aussi divins que les textes littéraires écrits par les Juifs.
Ce que les Juifs ont réussi, et les Chrétiens qui sont leurs héritiers hérétiques (en annexant les Évangiles, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse à la Bible hébraïque), et les Musulmans -qui sont d'autres héritiers hérétiques des Juifs- en présentant le Coran comme le dernier état de la parole de Dieu, c'est de faire croire que leur littérature était davantage que ce qu'elle était et davantage que ce qu'étaient les littératures des autres peuples de la Terre. Il est temps, je crois, de mettre fin à cette croyance présomptueuse.
Dieu s'il existe ne parle pas car il n'a pas de bouche. Ou alors, s'il existe, il emprunte pour «parler» la main de tous les écrivains, et tous les textes littéraires sont la «parole» de Dieu, quelle que soit leur origine, quel que soit leur sujet -même trivial-, quelle que soit leur langue.






Et en particulier
«À la recherche du temps perdu» (une page manuscrite ci-dessus) de Marcel Proust (à droite), qui est ma bible à moi, qui me permet de juger toutes les choses et me dicte à chaque instant la conduite de ma vie.

jeudi 14 février 2008

Fabrice le lecteur

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Voilà le résultat des fatigues, rages et humiliations de Zoé (voir message précédent). Fabrice, quelques temps après son entrée à l'école, s'est mis à lire seul, de manière absolument passionnée (remarquez le bras gauche de Fabrice, suspendu sans appui: il est resté ainsi de longues minutes tant il était absorbé par sa lecture). Et cette passion ne s'est jamais vraiment calmée depuis.
Alors que Zoé, magnanime, comme toutes les impératrices byzantines qui se sont succédés sur le trône de Constantin et ont laissé aux prêtres et aux fonctionnaires le soin de lire, n'a jamais appris à lire. Elle n'en avait pas besoin, ses serviteurs s'en chargeant pour elle. Et Fabrice sachant lire seul, elle pouvait désormais jouir à son aise
des genoux de Denise et de tous les genoux que sa grâce distinguait.
À droite Zoé en mosaïque, telle qu'elle devrait l'être à Saint-Vital de Ravenne, près de Justinien et de Théodora (il lui manque l'auréole qui encercle nécessairement la tête des personnages impériaux -par définition divins- mais un problème pictural se pose que je n'ai pas encore résolu)

Zoé, Fabrice, Snoopy, Denise et l'invisible Jacques

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J'ai déjà parlé de notre chatte Zoé. Et promis d'expliquer les termes de sa rivalité avec notre fils Fabrice.
Dans cette perspective la photo ci-dessus est très parlante. On y voit à quel point Zoé est en colère: elle s'agrippe avec rage au seul genou de Denise qui lui reste alors que d'habitude elle jouit -en vertu du droit divin des chats- des deux genoux et même de tout ce qui s'étend autour des genoux. Elle s'y prélasse avec volupté (les chats, -à plus forte raison les chattes-, ne font que ce qui leur donne du plaisir). Dans la situation que présente la photo cette jouissance est impossible, d'où la rage.
Rage encore multipliée par le fait que Denise lit un album de bandes dessinées à Fabrice qui semble y prendre un grand plaisir. Pourquoi faire plaisir à Fabrice? Et quel est le héros de cet album? Un chien! L'ennemi héréditaire des chats! Et quel chien? Ce Snoopy, ce chien californien tant détesté des chats (qui sont des animaux d'origine noble et asiatique) malgré sa popularité auprès des animaux inférieurs, et particulièrement, des humains. Fabrice d'ailleurs ajoute l'insulte à l'injure: il tient sur son coeur un exemplaire en peluche de la race haïssable.
Bref Fabrice accapare Denise -qui appartient à Zoé-; il s'intéresse -de manière indécente- à un ennemi de Zoé et fait en sorte que Denise s'y intéresse aussi; il prive Zoé de sa jouissance des genoux de Denise et fait en sorte de lui causer mille fatigues et humiliations en l'obligeant à s'agripper à un seul genou, dans une position très inconfortable. Quel irrespectueux enfant, semble-t-elle dire au photographe préposé à la propagation de sa divine image! Quand pourrons-nous l'exiler dans une île désolée de notre empire?

mercredi 13 février 2008

Tatouage

Voici un vieux monsieur spirituel et un tatouage parfaitement approprié à la situation.

Boris Vian


Puisque son ami Henri Salvador est mort presque 60 ans après lui, rappelons le souvenir de Boris Vian (à droite), grand écrivain, grand parolier, grand traducteur, mort à 39 ans en 1959. C'est mon ami d'adolescence Jacques Tremblay qui me l'a fait connaître, comme il m'a fait connaître à peu près tous les compositeurs-interprètes français durant notre adolescence et après ainsi que beaucoup de compositeurs classiques (c'est l'une des personnes à l'intervention de laquelle je dois le poste de professeur de littérature que j'ai occupé à l'UQAC pendant 31 ans).
La chanson «Le Déserteur» est universellement connue. Je vais vous la présenter ci-dessous pour mémoire. Mais j'aurais aimé vous présenter une chanson moins connue «J'suis snob» qui montre l'ironie de
Vian. Je vous en présente les paroles:

J'suis snob

J'suis snob... J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
Ça demande des mois d'turbin
C'est une vie de galérien
Mais quand je sors avec Hildegarde
C'est toujours moi qu'on r'garde

J'suis snob... Foutrement snob
Tous mes amis le sont
On est snobs et c'est bon

Chemises d'organdi, chaussures de zébu
Cravate d'Italie et méchant complet vermoulu
Un rubis au doigt... de pied, pas çui-là
Les ongles tout noirs et un tres joli p'tit mouchoir
J'vais au cinéma voir des films suédois
Et j'entre au bistro pour boire du whisky à gogo
J'ai pas mal au foie, personne fait plus ça
J'ai un ulcère, c'est moins banal et plus cher

J'suis snob... J'suis snob
J'm'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je fais du ch'val tous les matins
Car j'ador' l'odeur du crottin
Je ne fréquente que des baronnes
Aux noms comme des trombones
J'suis snob... Excessivement snob
Et quand j'parle d'amour
C'est tout nu dans la cour

On se réunit avec les amis
Tous les vendredis, pour faire des snobisme-parties
Il y a du coca, on deteste ça
Et du camembert qu'on mange à la petite cuiller
Mon appartement est vraiment charmant
J'me chauffe au diamant,
on n'peut rien rêver d'plus fumant

J'avais la télé, mais ça m'ennuyait
Je l'ai r'tournée... d'l'aut' côté c'est passionnant

J'suis snob... J'suis snob
J'suis ravagé par ce microbe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les p'tits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
J'suis snob... Encor plus snob que tout à l'heure
Et quand je serai mort
J'veux un suaire de chez Dior!

Et voici «Le Déserteur»: